
Les documents administratifs abondaient sur son bureau. Il y avait tellement de dossiers en cours de traitement et tellement de missives importantes à classer que Khietan n’en savait plus où donner de la tête. Assis dans son fauteuil confortable en cuir noir importé de la grande capitale, il consultait les rapports d’exploitations des ressources sur secteurs spatiales et les billets de livraisons sur les mondes de la constellation. Bien qu’il soit chargé de la diplomatie et des affaires extérieurs, il avait reçus l’autorité nécessaire pour veiller au contrôle des marchandises externe et interne à la nation Shimanienne par le Grand Khan en personne. Evidemment, le travail était conséquent. La pile de documents s’amoncelant sur le plan de travail de Khietan, attestait du dur labeur de l’ambassadeur. Plongé dans les interminables conclusions de la firme minière, il détourna son regard sur l’immense masse de travail qui l’attendait. Excédé, il ne put s’empêcher de soupirer. Mais pourquoi avait-il accepté cette mission ? Cette question, il se la posait chaque jour.
Parafant d’un geste souple et rapide la fiche d’exploitation minière du secteur 22, l’ambassadeur en profita pour souffler un peu. Se levant de son fauteuil, Khietan se dirigea vers l’armoire en bois noble qui était disposée au fond du cabinet diplomatique. Ouvrant les portes finement ouvragées, il prit une bouteille d’alcool de Renshin, breuvage extrait de plantes aromatiques vieillis en fût pendant un millénaire et originaire de la région du même nom. Juste à côté, une boîte de cigare attira son intention . Offerte par Bacharus, membre du haut conseil pour son excellent travail, il gardait précieusement ces « petits délices privé » pour des occasions exceptionnels. La situation étant ce qu’elle est, le diplomate ne se priva pas et emporta sa précieuse cargaison avec lui. L’atmosphère lourde et pesante du travail qui envahissait le bureau lui donna le tournis. Versant une partie du contenu de la bouteille dans un verre, il alluma son cigare et passa par la porte fenêtre en quête de quiétude.
C’est donc avec un désir pressant de prendre une bouffée d’air frais à l’extérieur, que l’ambassadeur Shimanien quitta son bureau intérieur oppressant pour le calme et la sérénité de la terrasse extérieur. Elle était immense et donnait vue sur la grande avenue de la station diplomatique. L’artère principale, noir de monde, était pleine de vie. En face de l’ambassade Shimanienne se trouvaient les infrastructures du sénat galactique d’Aelden. Le complexe était gigantesque et accueillait les délégations étrangères venus des quatre coins de l’univers connus pour y débattre, intervenir, s’opposer voir dans certains cas réprimander les sujets dispensés dans les différentes salles d’audiences. Khietan tira une bouffée de son délicieux cigare. Il regarda les bannières des sept factions d’Aelden parfaitement alignées à l’entrée du hall principale du sénat, plus particulièrement celle de la faction Amaranth. Buvant une gorgée du liquide violet contenu dans le verre qu’il portait à la main, il profita enfin de sa pause tant méritée.
Son bonheur aurait été parfait si sa charmante secrétaire ne l’appela pas sur son Holo-montre.
Il voulut ne pas répondre à l’enquiquineuse mais dû se résoudre à mettre de côté sa paisible et courte retraite pour replonger dans le tumulte des affaires d’états.
- Qu’y a-t-il demanda le diplomate sur un ton mélancolique.
- Monsieur, répondit la charmante femme. L’intendant Cyriaque souhaiterait vous voir immédiatement.
- L’intendant impérial ! Que me veut-il ?
- Je l’ignore.
Mais il a précisé qu’il voulait s’entretenir avec vous … en privé.
L’ambassadeur était sous le choc. Entre autre parce que cet homme que Khietan détestait au plus haut niveau avait quitté Shiman pour venir sur la station diplomatique centrale. Mais surtout et principalement parce que celui-ci voulait s’entretenir avec lui et en privé par-dessus le marché. Quel était le fin fond de cette situation déstabilisante ? « Étrange » pensa mentalement Khietan les bras croisé et le regard tourné vers l’horizon.
