L'un des Nìbelungen se leva et stoppa les deux d'une main dressée. Tout en invitant poliment le Dominar, quelque peu emporté, à se rassoir, il jeta un regard lourd de sous-entendu au long vertébré pelé de sa chair. Diplomatiquement parlant, l'ESI avait encore certains progrès à fournir.
S'éclaircissant la voix, il s'avança doucement au cœur de l'assemblée. Lorsqu'il fut certain d'avoir, si ce n'est une complète attention, un calme suffisant, il sortit quelques notes :
Seigneurs,
Après 55 années de guerres, d'affrontements, d'opérations de grandes envergures, de victoires ou d'échecs, de destructions, de sabotages, d'investissements coûteux, la nation Nìbelungen se retire officiellement d'une guerre houleuse.
La cause en revient principalement à une économie malmenée. Afin de soutenir l'effort de guerre, notre industrie civile, partiellement reconvertie pour la remise en état de bâtiments lourds, dû se plier à des contraintes budgétaires que nous ne pouvons aujourd'hui plus suivre sans nous priver d'avancées techniques nécessaires. Malgré une productivité forte, le Gouvernement Nìbelungen est contraint d'admettre que l'endettement galopant, rendu nécessaire pour surmonter les 14% du PIB versé au Ministère de la Paix, a eu raison de ses fonds, et que d'ici quelques années, celui-ci serait ramené à des chiffres viables pour les populations que nous hébergeons. Notre économie ne doit et ne sera plus une économie de guerre.
Après l'aspect financier, c'est une lassitude qui se fait ressentir chez nos troupes. Si les pertes restent contrôlées, il n'empêche qu'elles sont régulières. Chaque année porte son lot de marins tués au détour d'un bond d'hyperespace. Moralement, la nation s'inquiète et à juste titre : la cellule familiale est en crise, un frère, un père, un fils disparaissent et les corps ne sont quasiment jamais récupérés. La souffrance de nos citoyens est une entaille que nous ne pouvons laisser ouverte.
La Corporation peut mener cette guerre, et nous l'y soutiendront, car nous croyons fermement à ses convictions, mais nous ne porterons à la mort plus nos hommes ni nos biens.
Par là même, et après plusieurs discussions avec le Saint Empire, nous nous reconnaissons mutuellement une coexistence équitable du Quasar 32. Si la guerre doit sévir, qu'elle saigne loin de nos terres. En gage de bonne volonté, le Ministère de la Croissance leur remettra prochainement l'un des cadeaux de notre Faction, qui ne nous récompense que pour le sang Amaranth que nous versons. Qu'avec ce spatioport, les affaires vous soient profitables.

