Eyko-lan. Littéralement son nom avait une signification, comme tout nom Mœb digne de ce nom, y comprit celui du Seigneur du Consortium, Elsu. Cette dernière l'avait choisie pour représenter l'organisation au Sénat. Elle mènerait l'exploration sur le terrain. Lui devrait leur tailler une route à travers les arcanes de la politique. Il n'avait jamais pratiqué ce sport que les humains s'amusent à qualifier d'utile qui était de se tirer dessus avec des mots en sous-entendant des menaces à l'ampleur infinie et souvent exagérée. La question n'était pas de savoir qui avait la plus grosse, mais qui le ferait croire aux autres. Finesse et calcul. Si on savait manier les mots on avait une bonne base. L'absence de morale en était une autre. Eyko-lan n'était pas venu seul, il avait un humain avec lui, pour la forme, pour le renseigner sur la faune locale et les manières d'insulter les autres humains sans se faire remarquer. Le reste de la délégation était principale Mœbienne. Gardes, techniciens, l'équipage du vaisseau était mixte. Il avait eu carte blanche pour préparer ses troupes, son combat.
Haut de près de deux mètres et bâtit comme une armoire normande miniature, Eyko-lan était petit pour ceux de son peuple. L'absence de son armure n'empêchait cependant pas qu'on le regarde souvent à la dérobée. Pensez, 100 kilos répartis sur deux mètres, des yeux d'une couleur indéfinissable. Et si lui n'était pas armé, son escorte de gardes à l'armure noire veinée de rouge, arborant d'immenses claymores - flamboyantes quand ils se mettaient au garde-à-vous, armes sorties - aux yeux flamboyants... Même son ami, puisqu'ils étaient amenés à le devenir autant s'y faire tout de suite, était dérageant par son apparence. Bien qu'humain il avait un style vestimentaire pour le moins étrange puisqu'il arborait un savant mélange de blanc et de noir, des yeux rouges sang et des cheveux d'un blanc neige. Sa peau pâle confirmait qu'il était albinos et s'en servait à son avantage. Légèrement plus petit que le Mœb, Sigur semblait aussi plus fin, moins bien bâti. En réalité il cachait son jeu aussi bien que n'importe qui. Sinon même mieux. Il était le fils aîné du Seigneur Aldier et avait décidé, dès l'annonce de la montée d'Elsu sur le trône, de la suivre. S'il avait désapprouvé le laissé-aller de son père et son manque d'autorité, d'intervention, de volonté, il avait vu en sa petite sœur un espoir d'avancée. Il n'avait pas eu tord.
Maintenant ils étaient là. Sur le débarcadère du Sénat. Ils savaient que c'était comme poser le pied sur un territoire inconnu, potentiellement très dangereux. Ils se faisaient entièrement confiance l'un à l'autre, ainsi qu'aux gardes Mœbs. Par définition un Mœb est incorruptible dès lors qu'il à résolu de suivre un maître. Elsu avait gagné le respect d'un peuple, et par la même occasion l'indéfectible allégeance de milliards de personnes. Elle avait forgé le Consortium en trois ans. Elle l'avait conçu comme une arme. Sauf qu'elle ne comptait pas tirer du plomb, plutôt des informations. Elle voulait que le consortium s'étende à travers l'espace et découvre milles mondes. Elle l'avait bâti pour ça. Les vrais soldats dans l'affaire c'était eux deux, puisque les plus grandes batailles que mènerait le consortium se feraient avec des mots.
Ils avaient signé pour une guerre, et ils en étaient conscients. Pour les soldats comme pour eux aucune altercation physique de prévue. C'était comme une permission. Une permission en Enfer... Ça n'avait effrayé personne. Ça les amusait même. Il ne restait qu'à commencer les réjouissances...


