Un autre jour, une autre galaxie. Voilà ce qu’on s’était promis.
Traversant l’atmosphère, le vaisseau vibrait dans la lumière. Lointaine résonance à une longue absence. Drainé dans le gaz vaporeux, il s’efforçait de comprendre la révolution des astres, lui qui avait survécu au désastre. Il n’y avait désormais de l’Empire qu’il s’était construit plus la moindre ruine. Le temps s’était acharné dans ses infernales rotations, assurant qu’il ne resterait plus la trace d’un antique vestige.
L’enveloppe enrobait la planète de teintes bleutées, par touches composées elles s’alliaient en un formidable écran échancré. Simples et légers, ces gaz tournaient, loin du trouble que le vaisseau s’évertuait d’éviter. Comme un écho à la lumière d’autrefois, à cette prospérité méritée, un soleil irradiait l’espace. Comme il avait jadis irradiait le temps.
Pas à pas, le ballet reprenait. La blancheur de l’astre défiant la grâce atmosphérique ; autour, les spectateurs étoilés scintillaient d’une joie renouvelée. Se mêlant à l’harmonie, interlude du spectacle, des astéroïdes portaient leurs ombres à la planète. C’était alors édifiant, l’ombre se distendant dans la lumière bleuâtre. L’un passant au dessus de l’autre, s’appréhendant mutuellement. Il fallait croire qu’en l’univers, certaines choses demeuraient admirables. Le vaisseau, lui, funeste danseur-étoile, à contre-sens, n’avait plus le temps de s’émerveillait de la mécanique céleste.
Il n’avait que trop peu mais tellement déjà. La trajectoire s’arqua, raflant les couches plus volatiles, les propulseurs s’embrasèrent d’un substitut vert. Dans cette divine méiose , on ne dénombrait plus les couleurs et pourtant. C’étaient bien elles qui attisaient le regard et éveillaient les âmes. L’appareil prenait de la vitesse, soumis à l’ultime loi de la gravité. Celle là ne l’avait pas retenu dans le passé quand il avait du peser la masse du pour et le poids du contre.
Il tourna encore quelques instants, la palier fut atteint, il fut libéré. A la surface de la coque, les volutes de beauté cessèrent de danser. Soleil, gaz, tout se dissipa, tout cesser d’exister. Un sursaut d’instant et déjà l’éphémère splendeur de l’univers n’était plus. Les réacteurs forcirent leurs puissance. Tout s’éloigna.
Ce système, cette planète, ce soleil, c’étaient désormais des souvenirs lointains. Il fallait croire, qu’en toute chose relative, demain était encore un autre jour. Et qu’importe le système, la planète ou le soleil qui pointerait ses rayons dans les froids résidus du vide, tout était en soi propre à une révolution.
Ceothar se tenait à la passerelle. Il tenait fermement sa canne blanche devant lui pendant qu’un officier lui proposait son rapport. Des avaries à quelques niveaux. Qu’importe, le voyage touchait à son achèvement. Il n’y avait depuis quelques temps déjà, plus rien d’important à ses yeux qui ne voyaient pas.
« - Je m’étais fait une promesse. Je la respecterai. Je ne vois pas, cela ne m’empêche pas de le vouloir.
-Seigneur, vous savez bien que c’est impossible. »
Ceothar jeta sa canne qui ricocha dans des fracas métalliques. Elle roula dans la salle de commandement, poursuivant elle aussi sa révolution. Elle s’arrêta, se heurtant au siège du second lieutenant qui s’efforçait d’assurer au vaisseau une bonne trajectoire. En un instant peut-être, son destin à elle avait été scellé.
« -Impossible ? C’est impossible ? »
Sans canne, Ceothar avança avec une certaine sureté, mêlée surement à l’âpreté de la détermination. Pas par pas, tout d’abord, il avança. Il descendit quelques marches, tourna avec précaution autour du siège du second, se pencha et ramassa sa canne.
« On m’a dit aveugle, je me veux clairvoyant. Ne me dites pas que c’est impossible. Demain, à l’aube d’une ère nouvelle, dans un air nouveau, naîtra de nouveau un jour. Un autre jour, dans une autre galaxie. Voilà ce que je dis »
