Il acheva de donner ses instructions au livreur humain planté devant lui. Une superbe corbeille de fleurs serait bientôt livrée dans les appartements de la Grande Prêtresse Nefersofia du peuple des Muses. Une carte ornerait ce présent, signée de sa main:
« A Dame Nefersofia,
Permettez moi de vous présenter mes plus humbles excuses pour la conduite à votre égard qui fut la mienne tantôt. Assurément, il n'est pas digne d'un Gentleman de quitter si prématurément votre compagnie, qui me fut pourtant des plus agréables. Des affaires urgentes requéraient mon attention pleine, entière et immédiate; toutefois c'est avec grand plaisir que je reprendrai notre conversation là où nous l'avions laissé, si toutefois vous acceptiez de me faire cet honneur.
Mes Salutations les plus Distinguées,
Séléris »
Il espérait ainsi se faire pardonner de son attitude d'il y a peu envers la Dame, qu'il avait quasiment plantée au milieu d'une discussion, et ménager les relations amicales qui s'esquissaient entre leurs nations respectives...
C'est sur ces entrefaites que l'image d'Adam Deras se matérialisa sous ses yeux sans crier garde.
« -Ravi de voir que vous acceptez de discuter, enfin.»
« -En effet. Mais pas ici, pas comme cela. Finissez ce que vous avez à faire ,quoique cela puisse être, et rencontrons nous dans un endroit sûr. J'ai beau être un adepte de la technologie, il y a certaines choses qui doivent être dites en face à face. J'attendrai le temps qu'il faudra. »
Sans autre forme de Cérémonie, l'Empereur d'Aurorys coupa la transmission.
Il écouta un instant l'Unisphère qui l'entourait, qui l'enveloppait comme toujours, alors que cette douce entité réunissant la conscience de tous les siens le berçait doucement. Et, une fois encore, la douce mélodie aux innombrables harmoniques s'étrangla, vacillante; avant de reprendre ses notes fluides qui résonnaient dans sa tête depuis de si nombreux siècles.
Le phénomène était de plus en plus fréquent. Le temps jouait manifestement contre eux. Se sentant soudain très las, Séléris se laissa aller contre son siège. Oui, il pourrait attendre. Mais combien d'années encore?
*****Trois heures plus tard*****
Adam Deras sorti de la résidence du NCV après s'être douché et remis de son entrainement en vue de l'épreuve de Croisés.
Une berline noire s'arrêta doucement devant le dirigeant, lui barrant la route. Une des portières arrières s'ouvrit et un garde Aurori en descendit. Désignant l'intérieur de l'habitacle, il lui dit:
« -Montez » ,avant d'ajouter avec un temps de retard « S'il vous plait.... »
Adam s'avança vers l'intérieur mais hésita sur le marche-pied. Une voie tranchante comme l'acier s'éleva de l'intérieur de l'automobile:
« -Si j'avais vraiment eu l'intention de m'en prendre à vous je n'aurais pas pris le risque de vous inviter ici à me rejoindre devant des dizaines de témoins potentiels et une forêt de caméras. La zone du Grand Stade est l'endroit le plus médiatisé de cette foutue planète, je serais le dernier des idiots si je comptais vous attaquer lors de cette entrevue. Je vous assure que je ne vous veux aucun mal»
« -Je reste tout de même sur mes gardes si vous le voulez bien : mes deux amis vous surveillent » répondit le Président du NCV, pointant ses épaules avant de rejoindre Séléris sur la banquette arrière.
« -Mais très certainement. Je n'ai quasiment pas la place d'utiliser mon attirail je ferais un bien piètre adversaire si d'aventure nous nous affrontions ici, autant que vous le sachiez.»
« -Pourquoi cet aveu de faiblesse inattendu? A ce que j'ai cru comprendre, ce n'est pourtant pas dans vos habitudes, loin s'en faut. »
Le regard tourné vers la fenêtre par laquelle défilait un paysage urbain ininterrompu, l'Empereur d'Aurorys répondit d'une voie parfaitement neutre:
« -Mon peuple se meurt Mr. Deras. Au rythme où vont les choses je nous donne moins de 100 ans. » Se tournant vers le leader étranger et constatant qu'il avait réussit à capter son attention, Séléris continua:
« -Nous sommes l'un des peuples les plus anciens de Varden et originaires de cet amas, comme vous le savez peut être. Il y a une éternité de cela, nous étions des êtres de chair et de sang, tout comme vous. Certes, nous n'étions pas humains mais tout de même.
Puis vint le temps des conquêtes Spatiales. Pour une raison qui s'est perdue dans les sables du temps, une guerre a éclaté entre une jeune nation humaine et notre propre planète qui était alors notre seule possession territoriale. Tout ça pour dire qu'après 27 ans d'un conflit qui monopolisa tous nos efforts et mis notre civilisation à genou, nous nous sommes retrouvés acculés sur Aurorys. Nos vaisseaux primitifs étaient détruits et notre Chantier Spatial réduit à néant. Cependant, 27 ans c'est très long. Bien assez en tout cas pour fortifier notre position au sol. Malgré ses nombreux bombardements orbitaux, l'adversaire ne parvenait pas à débarquer sur notre monde-capitale. »
Haussant les épaules, il ajouta:
« -Peut être notre ennemi à t-il choisit la solution de facilité, je ne sais pas. Toujours est-il que les humains se décidèrent à employer leur arme la plus destructrice: des centaines de ce que vous appelez « Bombes Nucléaires » se sont ainsi abattues sur Aurorys. L'effet fut immédiat. Les deux tiers de notre population fut irradiée ou tuée sur le coup. Nos villes réduites à l'état de cratères fumants. Nos champs inaptes à toute agriculture pour quelques 100 000 ans.
Réunissant leurs dernières forces, les survivants se rassemblèrent et cherchèrent une solution. Puisant dans notre connaissance avancée de la robotique, il connectèrent tous nos systèmes informatiques restés intacts à une puissante Intelligence Artificielle avant d'y télécharger leurs consciences et de mourir de faim ou de maladie. Plus de 300 ans plus tard, ce que nous nommons le projet Firès nous réanima. Nous évoluons depuis dans ces corps faits de nanites, base de notre technologie. Aurorys a été reconstruite et nous avons traqué et exterminé tous nos ennemis d'antan, jusqu'au dernier, dévorés par la rage et la soif de vengeance.
Voilà ce que nous sommes Mr Deras. Des machines à tuer, exécrant le genre humain pourtant dominant dans cet Univers. Le projet Firès a veillé à nous doter la capacité d'éprouver des sentiments lors de notre renaissance. Et pourtant.... »
Séléris contempla les immenses griffes que formaient ses doigts
« - Nous avons continué à avancer. Encore et encore, poussant toujours plus loin notre technologie en quête de ce que nous avions été. Nous sommes devenus redoutables au corps à corps et notre technologie est parmi les plus avancées de Varden.*Malgré cela, mon peuple s'est perdu de vue. Nous sommes incapables de ressentir autre chose que colère, haine ou jalousie. Excepté ces sensations nous sommes froids, et morts, à bien des égards. Nous pensions trouver la réponse en Cratys. Il a beaucoup changé au contact de Cara, il s'est transformé. Mais il devient plus humain qu'autre chose , et ce n'est pas notre objectif. »
Le Président du Nouveau Commonwealth de Varden avait écouté sans mot dire. Il regarda l'Aurori, interloqué, et lança:
« -Mais pourquoi me racontez vous tout cela? En quoi cela me concerne t-il? »
« -Mais parce que vous êtes le compromis idéal bon sang! Vous croquez la vie à pleines dents, profitant de tout ce que la vie peut offrir de plus singulier! Dans le même temps, vos implants vous permettent de vivre sur de très longues périodes, quasi indéfiniment si vous le souhaitez, et vous procurent une force qui n'a rien, non strictement rien, à nous envier. Nous voulons que le NCV nous aide dans nos recherches. Les miens sont fatigués de cette existence dépourvue d'affects positifs et, déjà, notre Unisphère vacille alors que les Auroris s'enfoncent dans leur torpeur et deviennent irrémédiablement machines. Nous finirons entièrement morts et n'aurons plus de raison d'exister si nous ne trouvons pas de réponses rapidement. Et je refuse de voir notre nation succomber sous l'effet de sa propre entreprise de survie, entamée à l'époque du Grand Cataclysme. Nous n'avons pas surmonté tout ça pour en arriver là, ça n'aurait absolument aucun sens. Acceptez de nous secourir et je vous dirai tout ce que vous voudrez savoir, à commencer par le motif de toutes nos manigances ici, qui sont d'ailleurs étroitement liées à ce que je viens de vous dire ».
*[HRP]Et ce n'est du "Kikimètre", consultez le classement Technologique et ne venez pas nous casser les pieds[HRP]
Le temps a raison de toute chose