Après une courte nuit de sommeil, la Grande Prêtresse traversa les splendides appartements mis à disposition des Muses le temps des Jeux. Nathanaël et Tiebault travaillaient déjà sur leurs nanordis, l'odeur des croissants chauds embaumant le salon. Nefersofia les salua en souriant et se plaça devant la baie vitrée pour profiter du soleil qui illuminait peu à peu le Grand Stade à l'horizon. Après s'être étirée longuement, elle revint prendre place auprès de ses Prophètes et se servit un grand café en souriant.
"Les filles n'ont pas encore émergé?
- Faïla si, elle doit être sous la douche. Par contre Crystalle doit encore se battre avec son oreiller.
- C'est même pas vrai d'abord!"
La voix ensommeillée de la Prophète leur parvint de l'encadrement de la porte. Ses boucles rousses étaient en pagaille, et ses yeux d'habitude si pétillants avaient du mal à rester ouverts. Quelques secondes après, Faïla sortit de la salle d'eau, son tailleur sobre contrastant avec l'état de sa collègue.
"Tu n'as pas l'air d'avoir beaucoup dormi.
- Ca dépend de l'heure qu'il est.
- 07h30.
- Oh... Alors j'ai dormi vingt minutes!"
La Prophète éclata de rire avant de venir elle aussi se servir un grand café.
"Quel est le programme aujourd'hui, Ô Grande Prêtresse?" lui demanda Nathanaël.
Nefersofia lui lança sa cuillère à la tête avant de répondre.
"La première épreuve débute à midi, toute l'équipe doit déjà être au Stade. Je vais aller voir Kezef avant que ça commence, j'ai encore deux trois détails à régler avec lui. Vous quatre, faites ce que vous voulez, comme d'habitude, ajouta-t-elle en souriant. On se rejoint au Stade avec l'équipe vers 11h si ça vous convient. Crys, trois heures pour ressembler à une créature civilisée, ça te suffira?"
Sa question n'obtint qu'un faible grognement en réponse. La Grande Prêtresse sourit avant de rejoindre la salle d'eau. Elle se glissa sous l'eau bouillante en se repassant mentalement tout les points qu'elle voulait aborder avec le Commandeur. Il fallait essentiellement qu'elle lui rappelle qu'elle dirigeait un grand empire et qu'en aucun cas elle ne comptait devenir un faire-valoir au service de ses ambitions. L'eau délassa quelque peu les muscles de son dos, lui offrant ses derniers instants de répit.
***
La Grande Prêtresse avançait d'un pas rapide dans les couloirs menant au appartements de Kezef, sa longue robe pourpre ondulant à chaque pas. Elle avait repris son masque de dirigeante lorsqu'elle frappa à la porte. N'obtenant pas de réponse, elle entra directement. Etant directement descendue du Crépuscule, elle n'avait pas encore eu l'occasion de visiter les appartements du Commandeur sur cette planète.
Cependant, elle était persuadée que Kezef ne vivait pas dans cette pièce... Aucun des objets qu'il l'entouraient en permanence n'était présent. Pourtant un léger parfum restait dans l'air...
Nefersofia se figea, prise une horrible sensation de déjà vu. Elle inspira profondément avant de quitter la pièce. Elle courut plus qu'elle ne marcha en direction des appartements de Tania dont elle ouvrit la porte à la volée. Comme elle le redoutait, ils étaient vides. Elle repartit immédiatement en direction du bureau du Commandeur dans le Grand Stade. Les passants qui la reconnurent s'écartèrent vivement de son passage en voyant son visage où se mêlaient détresse et fureur. Les gardes, habitués à sa présence, la laissèrent passer sans poser de question.
Lorsqu'elle ressortit quelques instants plus tard, il ne restait que la fureur sur ses traits.
Après un rapide coup d'oeil aux plans dressés par l'ambassade, elle prit la direction des quartiers diplomatiques, plus précisément celle des appartements de l'équipe du Suü. Elle prit quelques secondes pour reprendre son souffle et afficher un masque serein avant de frapper à la porte.
Un serviteur lui ouvrit, apaprement surpris de sa présence.
"Je veux voir votre concurrent croisé et votre pilote atmosphérique. Immédiatement.
- Sa sainteté n'est pas présente pour le moment. Il en va de même pour son ami civil.
- Civil. Bien sûr. Et moi je suis tireur d'élite."
Elle repartit vers sa suite, laissant là le serviteur médusé.
***
Les Prophètes étaient encore présents lorsque Nefersofia revint dans sa suite. Ils restèrent tous interloqués en la voyant débarquer telle une furie et claquer la porte de sa chambre. Elle en ressortit quasi immédiatement, sa valise à la main.
"On s'en va."
Elle entra ensuite dans la salle d'eau pour récupérer ses affaires, avant de faire rapidement le tour des différentes pièces pour faire de même. Crystalle s'interposa au travers de ses déplacements agités pour la saisir par les épaules.
"Qu'est-ce qui te prends?
- J'ai dit: on s'en va.
- Mais pourquoi? Les Jeux commencent dans deux heures!
- Il n'y aura pas de jeux.
- Qu... quoi?"
La Grande Prêtresse se dégagea de son emprise et continua sa course folle à travers la suite. Crystalle se tourna cers les trois autres, qui restaient médusés sur leur chaise.
"Tiebault, prévient le vaisseau qu'on décolle au plus vite. Faïla, prévient l'équipe qu'on plie bagage.
- Mais on ne peut pas partir comme ça! Que vont dire les autres dirigeants? Que va dire Kezef?
- Kezef?" La fureur emplit à nouveau les traits de la Grande Prêtresse. "Et bien si tu le trouves, tu lui demanderas!"
Elle sortit brusquement en claquant la porte, ne laissant pas la possibilité à ses amis de lui répondre. Aucun des Prophètes ne l'avaient vue dans une telle colère. Après quelques secondes de stupéfaction, ils commencèrent à ranger leurs bagages, pianotant simultanément sur leurs nanordis respectifs.
Vingt minutes plus tard, ils rejoignirent la Grande Prêtresse au spatioport, suivis peu après par leur équipe. Le pilote les salua et les prévint que tout était prêt pour le décollage. Nefersofia commença à monter sur la passerelle lorsque Faïla la retint.
"Tu ne peux pas partir sans explications. Tu dois faire une déclaration au Grand Stade! Si les Jeux sont annulés, il faut qu'ils le sachent!
- Et une fois encore, je devrais rattraper les conneries de ce duo de lâches? J'en ai fini avec eux.
- Les autres dirigeants n'y sont pour rien eux... Les peuples qui attendent les Jeux non plus.
- Très bien. Je vais aller leur annoncer que leur Commandeur révéré a disparu à travers les galaxies. Encore. Je vais aller leur annoncer que Jutzenbach n'est qu'un pantin. Encore. Je vais aller leur annoncer qu'ils peuvent rentrer chez eux, puisque les deux ont organisé une gigantesque mascarade. Encore. Je vais aller leur annoncer...
- C'est bon, l'interrompit Faïla, je vais le faire. Il ne faut pas qu'on te voit dans cette état. La fureur dévastatrice ne sied pas à ton image de pacifique.
- Tu sais ce qu'elle te dit mon image!
- Ca suffit!" Crystalle l'attrapa par le bras et la conduisit vers l'intérieur du vaisseau. "Faïla, va faire la déclaration. Nathanaël, préviens nos amis présents de notre départ. Tieabault, essaye de comprendre ce qu'il c'est passé s'il te plait. Moi, je vais l'attacher à son fauteuil..."
Elle entraina Nefersofia à l'intérieur, où elle l'assist sur une des banquettes avant de s'agenouiller devant elle.
"Ca va aller ma belle. On va les retrouver...
- Les retrouver? Mais bien sur! Comme ça je pourrais leur arracher les entrailles moi-même à ces...
- D'accord, compris. Qu'est-ce que tu veux faire?
- Je sais pas. Je sais plus...
***
La Prophète de Thalie s'avança vers la borne holographique. Elle inspira profondément avant de commencer l'enregistrement.
"Seigneurs de Varden,
Je vous annonce le départ de l'ambassade de la Civilisation des Arts et du Songe des Jeux Intergalactiques. En effet, nous sommes dans la quasi certitude que les jeux n'auront pas lieu, suite au départ soudain du Commandeur Kezef. Nous espérons que celui-ci fournira de plus amples informations.
En ce qui nous concerne, la Grande Prêtresse Nefersofia a décidé de rejoindre Muse pour ne pas faire perdre leur temps à ses ingénieurs. Tout au moins auront nous pû profiter de ce lieu pour parfaire nos liens diplomatiques dans cette période troublée. Soyez assurés que ceux-ci ne cesseront pas une fois le spatioport franchi.
Que le Songe veille sur vous."
Faïla rejoignit ensuite ses compagnons dans le vaisseau qui démarra aussitôt celle-ci embarquée. La colère de la Grande Prêtresse n'avait pas diminué. Elle était d'une pâleur mortelle, le regard fixé sur les hauteurs du Grand Stade. Là où aurait dû se trouver le Crépuscule.
L'intercepteur prit rapidement de la vitesse, ramenant les poètes chez eux.
Chaque pas que nous faisons dans notre imaginaire est une réalité de plus que nous créons ...
Vincent Emmène moi dans ton monde et j'en écrirai l'histoire...