Lorsque Gäbelein von Baden avait quitté la salle au profit d'un de ses seconds, le Lieutenant Carsten Zehm, ce dernier n'imaginait pas que la situation serait à ce point éprouvante pour ses nerfs. Depuis quelques dizaines de minutes, déjà, il broyait entre ses phalanges chaque crayon de bois qui passait à sa portée.
Pour comprendre l'état d'esprit d'un soldat germanique, et plus particulièrement prussien, il est nécessaire de se remettre dans le contexte de la création du Second Reich, rendu possible que "grâce" à une guerre sanglante. L'armée prussienne est l'une des armées du globe à avoir le plus souffert des invasions de la Frankreich, et a tiré des treize cent milles soldats tués une fierté d'acier : Nous avons combattu, et Nous avons vaincu. Si "Gott mit Uns" est frappé en lettre d'or sur chaque écusson de régiment et sur le drapeau national, ce n'est pas par pur démagogie.
L'Etat-Major, et plus généralement toutes les institutions affiliées à la Prusse, se dressent depuis avec encore plus d'idéaux de rigueur, de fermeté et de droiture : la fin justifie les moyens, et si ceux-ci paraissent démesurés à des cultures extérieurs, pour un citoyen germanique, ils ne sont que nécessaires. Dans l'histoire du second Reich, cela s'est déjà traduit par l'atomisation du Grand Duché de Hesse, et les récentes destructions de structures commerciales Melrehns.
Lorsque l'individu Lambda commence à cerner la mentalité d'un prussien, qui met en avant la fermeté et le respect de l'autorité bien avant la compassion, il commence à également comprendre la réaction du Lieutenant Carsten Zehm. Celui-ci ajusta ses notes, et se leva :
- Nations de tout horizons, je vous vois vous dresser face au second Reich avec une grande détermination, et croyez bien que celui-ci s'en désintéresse complètement : vous condamnez et gémissez sans agir. Cette attitude, mon supérieur, Gäbelein von Baden, a déjà exprimé très clairement notre position au Tribunal. Je n'y reviendrais pas.
Il se tourna lentement vers les délégations Thelios :
- Il y a parmi vous des nations que nous respectons, malgré les différents certains qui nous séparent parfois, et d'autres que si l'hypocrisie n'étoufferait pas déjà, nous nous chargerions de le faire. Les plus virulents, ceux de la L.U.T, éclaboussent mes bottes de purin. Lorsque la guerre Melrehn à éclatée, seul l'Entente de Westphalie et la L.E.X s'est levé, seul les membres de la Westphalie et les peuples du Commonwealth ont subis les tirs du plasma ennemi sur l'intégralité de leurs positions. Encore aujourd'hui, alors que nous combattons, nous n'avons aucun soutien d'autres Thelios. Pas loin de trois quart de ceux qui nous condamnent n'ont pas remué le petit orteil pour nous soutenir - et je ne parle même pas matériellement, mais diplomatiquement. Et parmi ceux là, la L.U.T et ses membres les plus vindicatifs en faisaient encore moins parti.
Shingen, dont votre nom s'apparentera désormais à l'étron qui vous sert de cervelle, vous me parlez d'idéaux, d'honneur, de droiture, autant de termes vide de sens entre vos lèvres. Un idéal, il est suivit fidèlement dans la victoire ou l'échec. Nous n'avons pas vu vos vaisseaux brûler sur le front ennemi. La volonté de paix, elle s'accompagne d'un travail sur cette paix. Nous ne vous avons pas entendu prêché lorsque vous auriez pu être menacé. Les pillages que nous avons fait, et que vous condamnez, n'ont eu pour but que de financer la guerre Melrehn que nous menions seul pour défendre notre faction pendant que vous, vous hésitiez sur la couleur de vos nouveaux locaux.
Il est aussi aisé de prôner la paix quand on en récolte que les fruits, que prétendre restaurer l'honneur lorsqu'on a pas déplacé une corvette pour bâtir celui-ci.








