La grande porte du débarcadère s'ouvrit sur une étrange procession, trait de silhouettes noires sans visage.
Une des escortes de la Station Diplomatique Centrale tentait sans grand succès de les suivre à leur rythme, rendant vite le tableau plus cocasse que solennel. Un vêtement complexe entravait visiblement la marche des Soeurs, sorte de voile très fin enveloppant leurs corps de nombreuses couches, et dissimulant leur peau des pieds au visage où l'on ne distinguait aucune ouverture.
Arrivées au centre d'un grand hall garni d'estrades réservées aux représentants Melrehns, les silhouettes s'arrêtèrent côte à côte. On vit s'avancer l'une d'elles, qui se mit à déclamer d'une voix étonnament puissante, à peine féminine :
"En ce jour du 15 Onovahn de l'an 15334, jour destiné à longtemps résonner dans les coeurs Melrehns, nous, Soeurs du Nadir, vous offrons un présent à nul autre pareil.
Peuple Mort, votre noirceur est votre probité - votre amour des profondeurs, votre noblesse. À celles et ceux qui osent encore porter bien haut ces valeurs, nous offrons un symbole, et un lieu de culte : le Palais Céleste d'Adurag, le Dieu Ailé.
Adurag est chacune des attaques que vos mondes ont menées et essuyées, il est la violence et la cruauté que l'existence revêt jour après jour. Partout se fait entendre son rythme imperturbable, fait de vie et de mort, de crépuscules et d'aurores. Son Palais clamera non pas la résignation, mais le choix et l'amour de sa Loi, un phare dans l'univers, qui ne jettera de lumière que sur les prêcheurs de mensonges.
En ce jour, nous venons donc faire entendre notre demande, rejoindre le Dernier Cercle, et le Palais Céleste d'Adurag, la liste des planètes de Faction Melrehnnes."
Elle reprit son souffle un instant, poursuivit sur un ton plus laconique :
"Il y a un siècle et demi, le Royaume d'Adurag et de la Reine de Feu renaissait aux étoiles, bientôt encouragé dans son développement économique et artistique par le Chaperon Nira Neskrita. Celle-ci nous fit don de la Porte ; aujourd'hui encore, l'air de nos temples vibre de chants centenaires dédiés à la générosité du Chaperonnât.
Après quoi nous fîmes l'heureuse rencontre de l'Impératrice Jazz Inita, sans laquelle le Palais Céleste ne serait encore qu'une ébauche aujourd'hui.
Les Soeurs du Nadir se joignent à moi pour les remercier publiquement, ainsi que bon nombre de Melrehns dont nous avons croisé la route. La nôtre nous mène ici, où nous écouterons et respecterons la parole du Dernier Cercle.
Merci de votre attention."
La femme fit quelques pas en arrière pour rejoindre le rang, tête baissée, prête à écouter les interventions de chacun.




