« Rapport de maintenance du système hydraulique ;; mine de métal AE-1.264.14.0 ;; secteur AE ;;
-Foreuse : opérationnelle/active
-Foreuse annexe : opérationnelle
-Ordinateur principal : opérationnel/actif
-Ordinateur secondaire : données erronées/remplacement recommandé. »
Le technicien en chef Gordon Curtis venait de lire ce rapport quand sa nièce, Nira, entra dans la salle de commande des mines d’Icare. Ils étaient, vu de l’extérieur, totalement différents. L’homme approchait de la cinquantaine, et malgré un embonpoint évident, il affichait une musculature impressionnante, forgée tout au long de sa vie de mineur. Quant à elle, c’était une jeune fille de vingt-cinq ans, svelte et sportive, aux traits minces, tout le contraire de son oncle. Il fut surpris de la voir lui rendre visite sur son lieu de travail.
« Qu’est-ce que tu fais là toi ? Tu n’avais pas un examen de conduite aujourd’hui ?
-Il a été reporté ! La prof est tombée malade, et elle a dû aller à l’hôpital. C’est pas la seule d’ailleurs, j’ai quelques amis qui ont choppé cette grippe bizarre.
-M’en parle pas, j’ai encore reçu un rapport de maintenance, et je vais devoir me coltiner le boulot tout seul. Tous ces bons à rien qui se mettent en arrêt maladie pour un rhume… sans compter les disparus.
-Quels disparus ?
-Oublie ça, c’est rien. Bon, je vais y aller, tu n’as qu’à m’attendre ici, je serai pas long. Prend ce casque, tu me raconteras ta journée, ça me fera passer le temps. Mais touche pas aux écrans de contrôle. J’ai pas envie de me faire pourrir par le chef. »
La jeune fille se jeta sur le fauteuil en cuir en criant vers les écrans qui retransmettaient les images des cameras de surveillance dans toute la mine. « Faites gaffe les cailloux ! Je vous surveille ! »Son oncle la regarda d’un air désespéré.
« Elle est programmée pour quand ta puberté déjà ?
-Oh ça va, si on peut plus rigoler ! Bon, je peux quand même te suivre sur les écrans non ?
-D’accord, on va en prendre un seul. La manip est simple, tu n’a qu’à appuyer su ce bouton quand je sors du champ de vision de la caméra. Le programme te redirigera automatiquement vers une camera qui me voit. Il me repère grâce à mon traceur. »
Son oncle lui montra une balise de la taille d’un talkie-walkie accrochée à sa ceinture. Il se munit d’une puissante lampe torche, de sa caisse à outil et d’un masque respiratoire. L’air des mines était respirable, mais il y avait parfois plus d’impuretés dans l’air que ne pourrait le supporter un être humain normalement constitué.
« Bon je descend. Fais pas de bêtise. Je verrouille derrière moi, si tu veux sortir, c’est la manette jaune et noire à gauche. »
Il sorti de la salle de commande et ouvrit une trappe qui donnait sur les galeries. Nira le vit allumer sa lampe torche, saisir sa sacoche contenant son matériel, et descendre dans le tunnel par l’échelle. Elle alla se placer devant l’écran et appuya sur le bouton que son oncle lui avait désigné. Une faible lueur s’alluma au milieu de l’écran, puis une image apparut. Elle y voyait son oncle se diriger vers le train électrique qui le mènera au secteur où il devait se rendre. Il montait dans le train lorsqu’elle aperçu quelque chose sur un des autres écrans. Elle regarda plus attentivement, et pu voir la silhouette d’une personne passer lentement au bout d’une galerie.
« Tonton, tu m’entend ?
-Qu’est-ce qu’il y a ?
-J’ai vu quelque chose sur un écran. Y a quelqu’un dans le secteur ou tu vas. «
Au même moment, le train de mine s’arrêtait, et il en descendit pour se diriger vers la foreuse, gigantesque structure de métal qui vrombissait de toute sa puissance.
-Tu as du mal voir. Les ouvriers sont partis depuis plusieurs heures. Je ne vois pas qui… oh merde… »
La voix de Gordon se fit tremblante. Un long silence angoissant suivit cette phrase, des plus inquiétantes pour la jeune fille qui ne pouvait rien faire, d’autant que l’angle que prenait la caméra ne permettait pas de voir ce que son oncle fixait. Elle le vit prendre son masque à oxygène et saisir une barre à mine à coté de lui.
« Tonton ? Qu’est-ce qu’il y a ?
-Reste dans cette pièce ! N’ouvre sous aucun prétexte ! Il y a quelque chose ou quelqu'un ici, je ne sais pas quoi.
-Reviens ! Tu répareras ça plus tard, quand on ne sera pas tout seul !
-Je crois qu’il n’y a plus rien à réparer… »
Nira appuya sur le bouton pour changer de caméra, et la vision qui lui parvint la glaça d’effroi. La foreuse était en marche, mais on voyait dépasser le bas d’un corps humain de la cavité creusée. Gordon s’approcha doucement et donna un léger coup sur la cuisse du corps. Aucune réaction en réponse. Il accrocha alors la ceinture du pantalon, et tira un coup sec. Son cœur s’arrêta un instant, face à la vision d’horreur qui se montrait devant lui. Sa nièce ne prit pas la peine de retenir sa nausée et rendit son déjeuner dans la poubelle du centre de commande. Le corps avait été sectionné au niveau de l’abdomen, et on pouvait nettement voir des traces de morsures et de griffures.
« Mon dieu, mais qu’est-ce qui a put faire ça ?
-J’en sait rien, mais c’est pas récent. Ce corps est là au moins depuis deux jours.
-C’est un des disparus ?
-Je pense oui. On croyait qu’ils en avaient marre de bosser comme des dingues et qu’ils s’étaient tiré sans prévenir… »
Il commença à examiner le corps, ou du moins ce qu’il en restait. Il s’arrêta sur la ceinture qui était encore accrochée au pantalon.
« Pourquoi ils n’ont pas gardé leurs balises ? »
Dans la salle de commande, Nira commençait à paniquer, scrutant tous les écrans de contrôle. Elle s’aperçut rapidement que son oncle était loin d’être seul. Ce qui semblait ne rien être de distinctif dans l’ombre des galeries se révélait en fait être plusieurs silhouettes humanoïdes, immobiles ou se balançant doucement d’avant en arrière. Elle commença à manipuler les ordinateurs pour essayer de changer de point de vue, et ainsi voir ce qu’il en était dans le secteur où se trouvait son oncle.
Elle eu une nouvelle nausée quand l’image de la troisième caméra s’afficha sur l’écran. On y voyait nettement un groupe de personnes agenouillées près d’un corps. Ils étaient en train de dévorer le pauvre homme, qui n’était pas encore mort au vu de son expression de terreur. La caméra n’avait pas de microphone, sinon la spectatrice malheureuse aurait put entendre les cris d’agonie du mineur dont les entrailles se mélangeaient à la boue et au gravier.
« Tonton ! Sors de là ! »









