Après que le discours du diplomate germanique se soit fini, un jeune lieutenant des Divisions Noires entra dans l'hémicycle, un holotube de datastockage dans la main gauche, sa main droite posée sur la crosse de son arme, le holster fixé sur la hanche.
Marchant lentement, et faisant claquer bruyamment les renforts métalliques de ses semelles de bottes, il attira très rapidement l'attention de toute l'assemblée. Son long manteau de carbone filé touchait l'arrière de ses bottes de cuir noir, et son uniforme gris rappelait un sombre pan de l'histoire Terrienne du XXème siècle. L'aigle argenté qui brillait sur son épaulette ne faisait que renforcer cette impression, quand il s'arrêta à quelques mètres de l'estrade, et se figea dans un salut réglementaire.
Les gardes sénatoriaux se tenaient aux aguets, mais se détendirent quelque peu quand le Sélénite retira la main de son holster pour tendre le cylindre noir à l'un d'entre eux, avec un message manuscrit. Quand il tourna les talons, le garde était déjà en train de lire la note, et posa le tube sur le pupitre. Il le brancha rapidement au réseau de vidéo projection, et une image apparut...
Un bureau aux parois acajou, avec au centre de l'image un bureau fait du même bois. Un fauteuil de cuir noir ne montrait que son dossier, tandis que celui qui était assis dedans lâchait des volutes de fumée en tirant sur son cigare. Une manche d'uniforme noir dépassait, laissant voir ledit cigare et une main gantée de cuir.
Une voix forte et reconnue comme celle de l'amiral se fait entendre.
"Bien le bonjour, Sénateurs. Veuillez m'excuser mon absence, mais un empêchement m'oblige à vous délivrer un message pré enregistré. J'espère que l'arrivée de mon émissaire ne vous aura pas trop effrayé !"Un rire s’élève, suivi de près par des volutes de fumée au dessus du fauteuil, tandis que quelques sénateurs cherchent du regard le soldat du CES, qui avait disparu entre temps. L'amiral reprend:
"Enfin... Toujours est il que la guerre qui nous oppose aux Thélios semble prendre forme... Je dois admettre que j'ai été impressionné par le représentant du Reich. Il est rare de trouver des armes d'une telle trempe, et je me ferai un plaisir d'accepter un duel. Pour une fois qu'un adversaire arrive à me percer à jour et ne tombe pas à genoux dès la moindre démonstration de virilité..." Il pousse un long soupir, et pose son cigare dans un cendrier que un soldat portant le même uniforme que l’émissaire tient à portée de son supérieur. Le soldat se retire immédiatement, tandis que la main disparait, cachée par le dossier. Le gant reparait, seul, posé sur l’accoudoir, et suivi de près par son compagnon. L'amiral pousse un second soupir, et reprend la parole.
"Mais nous avons sous estimés nos adversaires. L’Organisation des Planètes Unies n'était qu'un amuse gueule pour nous... Mais maintenant, nous affrontons un ennemi bien plus puissant, même si il essaye de se faire passer pour plus faible qu'il ne l'est en réalité..."Un officier passe sur le côté du fauteuil, apportant à l'Amiral une tablette de lecture de données, qu'il prend de la main gauche.
"Voyons voir... Si je lis bien, plusieurs vaisseaux de classe Gahrios ont été détruits chez l'alliance Enigma X, ainsi que des milliers de chasseurs... Vous appelez ça de la faiblesse ? Il est cependant vrai que l'alliance de la Westphalie n'a pas la puissance militaire de sa consœur, mais c'est elle qui a décidé de participer à la valse mortelle. Et je vais moi même mettre un terme à toute cette agitation."Soudain, il se retourne, découvrant son visage. La moitié droite de son visage, composée de métal brillant et éclairée par la lueur bleutée de l'espace, rayonne d'inhumanité. Il regarde de son œil bionique la caméra, un rictus mauvais figé sur la moitié monstrueuse de sa face, la partie gauche, encore naturelle, arborant une expression neutre derrière son mauvais rasage et la fatigue visible. D'une voix sifflante, il se met à presque murmurer.
"Voyez ce que le destin a fait de moi. Une créature humanoïde inhumaine, tout juste bonne à combattre. J'ai vu mes hommes mourir comme des rats devant moi, des soldats d'élite appeler leurs mères en pleurant comme des bébés. Tout ça pour des territoires ou des ressources... Mais je suis au dessus de tout ça, désormais... Je combats pour mes idées, et pour la vengeance... Voyez vous, il y a de cela des décennies TSU, les Thélios nous ont attaqués... Pour leur propre amusement... Et ils sont passés sur nous comme nous le faisons actuellement sur vous... Sauf que nous, nous ne rions pas en écrasant d'autres humains... Enfin, nous ne riions pas... Car désormais, c'est une autre histoire."Il se renverse contre le dossier, et posa sa main droite sur le bureau, dévoilant sa non humanité.
"Vous nous accusez de violer les textes... En vertu de quel texte suis je devenu un monstre ? En vertu de quel texte dois je ne pas attaquer les civils ? En vertu de quel texte suis je en place ? Je vais vous le dire: AUCUN ! Nous ne nous plierons pas à des écritures faites par une minorité et imposée à une majorité... Et nous avons vus que vous en faisiez autant: la destruction de stations commerciales, des stations qui n’hébergeaient que des seigneurs bien plus faibles que vous, mis à part quelques uns des miens, servant à l'approvisionnement "bonus" des colonies. Vous avez juste privé le CES de quelques paquets de cigarettes par endroits... Ça va mettre mes hommes de mauvaise humeur !"Il éclate de rire, avant de redevenir subitement sérieux.
"Les deux hommes que je traque depuis des années sont morts. Morts entre les mains d'autres personnes... Ma vengeance contre les Thélios ne peut donc pas être achevée, et vous venez de me donner une nouvelle proie... Vous voulez une guerre sale ? Et bien vous allez être servis..."L'amiral se tourne vers un officier qui attendait sur la côté du bureau, et lui dit cette phrase, qui restera à jamais dans l'Histoire.
"Messieurs, que les Divisions Noires se tiennent prêtes. Que les civils se préparent. Nous rentrons en guerre totale, et à jamais nos noms resteront gravés. A jamais, nous serons ceux qui ont restauré l'honneur de notre Nation... Ou auront jeté sur elle le sceau de l’infamie, comme il a été jeté sur nos ennemis... Messieurs, pour notre cause !"
Et la vidéo s'arrêta, laissant un Sénat silencieux...